Café des Sciences, 25 mars, Julien Emile-Geay

Café des Sciences du 25 Mars 2010
Intervenant : Julien Emile-Geay, Ph.D.
Titre : Du Climat et de l’Homme
Thématique : dynamique du climat

Pour sa troisième édition, le Café des Sciences a accueille Julien Emile-Geay, Professeur Assistant au sein du département de Sciences de la Terre à l’University of Southern California. Julien Emile-Geay est diplômé de l’Ecole Normale Supérieure de Paris en Sciences de la Terre et a reçu un Master en Dynamique de l’Océan et de l’Atmosphère de l’Université de Paris VI et de l’Ecole Normale Supérieure de Paris. Il a ensuite rejoint la Columbia University à New York, où il a reçu son PhD suite à ses études sur la dynamique d’El Nino et le climat terrestre. Après un post-doctorat sur le rôle du Pacifique tropical dans les variations de basse fréquence du climat au cours du dernier millénaire, au sein du Georgia Institute of Technology, il a rejoint USC.

La première partie de la conférence a porté sur la présentation de l’état des connaissances concernant le système climatique terrestre et notamment l’effet de serre. Julien Emile-Geay a expliqué ce phénomène en se basant sur les rayonnements solaire et terrestre et sur le rôle joué par deux composés atmosphériques majeurs : la vapeur d’eau et le dioxyde de carbone (CO2). Contrairement aux idées reçues, la vapeur d’eau est responsable à 60% de l’effet de serre, en partie à cause de sa présence en quantités importantes dans l’atmosphère. S’il a un rôle moindre sur le système climatique, le CO2 est cependant l’un des acteurs principaux du changement climatique. Ceci s’explique par sa durée de vie plus longue dans l’atmosphère (une molécule de CO2 reste environ 400 ans dans l’atmosphère contre 10 jours pour une molécule d’eau) et un niveau plus bas donc plus sensible aux variations apportées par les rejets humains. On observe de plus une corrélation entre la température terrestre et le niveau de CO2 dans l’atmosphère sur de très longues échelles de temps. Ce système fait cependant intervenir un grand nombre de paramètres, souvent interdépendants, de sorte que cycle du carbone et variations climatiques forment une boucle de rétroaction positive. En conclusion, si la physique de l’effet de serre est aujourd’hui très bien comprise, il existe une myriade d’autres effets non-linéaires qui engendre la majeure parties des incertitudes en prédiction climatique.

Dans la suite de sa présentation, Julien Emile-Geay a illustré l’influence du climat sur le développement humain. La période de l’Holocène, qui couvre les derniers 10 000 ans, est ainsi caractérisée par une grande stabilité en termes de température à l’échelle de la planète. Cette stabilité a probablement facilité l’établissement de civilisations sédentaires car moins forcées au nomadisme par les variations climatiques. Cependant, ces civilisations restent très sensibles à des variations climatiques, même locales et d’amplitude réduite, comme le montrent les deux exemples donnés au cours de cette conférence : l’Empire Akkadien, descendant de Sumer, et les indiens Anasazi, établis dans le Sud des Etats-Unis. Malgré des connaissances avancées en agriculture et une bonne adaptation à leur milieu naturel, ces deux civilisations ont périclité suite à des périodes de sécheresse dues à de légères variations climatiques. L’interdépendance au sein du vaste empire Akkadien et la croissance démographique importante chez les Anasazi quelques années avant la période sèche montrent que les civilisations humaines possèdent des caractéristiques qui les rendent très sensibles aux changements climatiques et ce quel que soit leur niveau d’avancement.

Enfin, Julien Emile-Geay a présenté les prévisions en matière de changement climatique : modifications de la répartition des pluies à l’échelle de la planète, fonte des glaces ainsi que leurs conséquences probables sur l’activité humaine. Dans leur ensemble, ces projections montrent que notre civilisation sera sujette à d’importants problèmes d’approvisionnement en eau. Ce qui pose la question suivante : notre civilisation moderne est-elle vraiment plus robuste aux aléas climatique qu’Anasazi et Akkadiens, et saura-t’elle apprendre des erreurs passées ? Ces points ont été au coeur des discussions qui ont suivi la présentation.

Dernière modification : 26/05/2010

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