Café des Sciences, 21 avril, Marie-Françoise Chesselet

Café des Sciences du 21 avril 2010
Intervenant : Marie-Françoise Chesselet, MD Ph.D.
Titre : Maladie de Parkinson : hier, aujourd’hui et demain
Thématique : Maladie de Parkinson : recherche fondamentale et thérapeutique

Pour cette nouvelle édition, le Café des Sciences a accueilli Marie-Françoise Chesselet, Professeur de Neurologie et Chair du département de Neurobiologie à la David Geffen School of Medicine de UC Los Angeles. Elle a obtenu son doctorat de Médecine et son PhD à l’Université de Paris VI avant de devenir chargée de recherche au CNRS. Elle a été “Visiting Scientist” dans les laboratoires de Ann Graybiel au Massachusetts Institute of Technology et de Michael Bronstein aux National Institutes of Health avant de rejoindre le corps enseigant du Medical College of Pennsylvania puis de l’University of Pennsylvania. En 1996, elle a rejoint UCLA où elle dirige actuellement le APDA : Advanced Center for Parkinson’s Disease Research, le Morris K. Udall Center of Excellence for Parkinson’s Disease Research de UCLA (financé par le National Institute for Neurological Disorders and Stroke) ainsi que le Center for Gene Environment in Parkinson’s Disease, financé par le National Institute for Environmental Health Sciences.

Le Pr. Chesselet a tout d’abord fait un récapitulatif des connaissances scientifiques actuelles concernant cette maladie, ses causes et ses symptômes. Cette maladie neurodégénérative touche le système moteur et provoque une rigidité musculaire chez les patients, une lenteur et une perte de contrôle des mouvements. Ces symptômes proviennent de la perte d’activité de certaines cellules cérébrales pigmentées : les neurones dopaminergiques. Ces neurones doivent leur nom à leur capacité de sécréter un neurotransmetteur apppelé dopamine. Ils sont situés dans la "substance noire" : une région du cerveau composée de cellules présentant une pigmentation due à la mélanine qu’elles contiennent. Au cours du développement de la maladie de Parkinson, ces neurones perdent leur activité et ne sécrètent plus de dopamine. La baisse de la concentration en dopamine est la cause des déréglements moteurs dont souffrent les patients.

Les causes de la maladie de Parkinson sont encore peu connues. Dans 5 à 10% des cas, il est possible de trouver une origine génétique au développement de la maladie mais en dehors de cette population, les causes du développement de la maladie sont généralement inconnues. La recherche a permis de découvrir que la perte d’activité des neurones dopaminergiques est généralement due à l’accumulation d’une protéine appelée alpha-sinucléine dans ces cellules. Cette accumulation provoque la formation de complexes protéiques appelés corps de Lewy qui détériorent les cellules.

Le Pr. Chesselet a par la suite présenté les différentes approches thérapeutiques actuellement utilisées dans le traitement de la maladie de Parkinson, en particulier la prise de L-dopa et la stimulation physique directe par éléctrode intracraniale. La L-dopa est un précurseur de la dopamine qui peut franchir la barrière hématoencéphalique et peut donc être transformée en dopamine dans le cerveau après avoir été injectée dans le sang. Ce traitement réduit les symptômes de la maladie mais provoque l’apparition de dyskinésies : les mouvements involontaires qui sont souvent associés à la maladie de Parkinson. Par ailleurs, par le biais d’une opération chirurgicale, il est possible d’introduire une électrode dans le cerveau, afin de stimuler certaines régions profondes du cerveau et ainsi réduire les symptômes et les effets secondaires.

Les travaux au sein du laboratoire du Pr. Chesselet portent en particulier sur l’étude des symptômes précoces de la maladie : perte du sommeil, troubles cognitifs et émotionnels. En diagnostiquant la maladie plus tôt, il serait possible de tester des traitements protecteurs visant à réduire ou à stopper la perte des neurones dopaminergiques. Ces études se font sur des modèles animaux et visent à clarifier les processus cellulaires et moléculaires responsables du développement de la maladie dans ses premiers stades. Plusieurs pistes de traitement sont actuellement étudiées en colaboration avec des entreprises de biotechnologie. L’étude des éléments déclencheurs du développement de la maladie constituent également un axe de recherche. Les statistiques liées à l’exposition à certains pesticides tendent à montrer qu’ils pourraient avoir un rôle dans cette pathologie.

Les discussions très riches à l’issue de cette présentation ont mis en lumière les enjeux et les difficultés de la recherche sur la maladie de Parkinson. Il apparait par exemple que les moyens qui lui sont dédiés sont très inférieurs à ceux dont bénéficie la recherche sur la maladie d’Alzheimer. L’absence de thérapie efficace rend également la recherche de modes de diagnostiques précoces peu attractive pour les investisseurs. D’un point de vue scientifique, l’étude de cas particuliers, tels que certaines populations souffrant d’une forme génétique de la maladie permettent parfois de mieux comprendre les mécanismes généraux de la pathologie. La lignée de souris transgénique mise au point dans le laboratoire du Pr. Chesselet constitue également une avancée importante dans le domaine et devrait favoriser le développement de procédés thérapeutiques et/ou protecteurs efficaces dans le futur.

Dernière modification : 26/05/2010

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