L’année Chopin en France

JPEG Il est une tombe au Père Lachaise qui ne cesse de s’effacer sous les fleurs. Passants touchés par une valse, une mazurka, musiciens ou mélomanes viennent déposer un hommage parfumé et fragile à Frédéric Chopin, le grand compositeur franco-polonais dont le bicentenaire de la naissance est célébré cette année avec faste par un éventail de manifestations. La France ne pouvait être en reste à honorer celui qui a passé la plus grande partie de sa vie sur son sol. Arrivé à Paris en 1831, le compositeur y est mort place Vendôme vingt ans après. Si Frédéric Chopin se revendiqua Polonais avec passion, il noua avec sa seconde patrie le plus grand des attachements. La Pologne l’inspira profondément et fit éclore son talent, la France le mit en lumière.

Frédéric est né en Pologne d’un père français, Nicolas, jeune précepteur venu tenter sa chance et ses ambitions auprès de la noblesse de Varsovie. Chopin père y fait un mariage d’amour qui donna naissance à quatre enfants dont un fils, Frédéric, extraordinairement doué pour la musique.
Le jeune Chopin découvre la terre natale de son père à 19 ans. Il est grisé par la vie parisienne et fait sensation dans les salons. « Ses cheveux blonds étaient soyeux, décrit le compositeur Liszt, son nez légèrement recourbé, ses allures distinguées, et ses manières marquées de tant d’aristocratie qu’involontairement on le traitait en prince ».

Paris !

Il s’installe sur le boulevard Poissonnière dans ce IXème, un arrondissement qui comptera tellement pour lui et dans lequel on peut suivre ses traces, notamment par l’exposition que lui consacre le musée de la Vie romantique. La ville lumière l’enthousiasme. « Paris, c’est tout ce que l’on veut, écrit-il à un ami. A Paris, on peut s’amuser, s’ennuyer, rire, pleurer, faire tout ce qu’il vous plaît ». C’est à Paris qu’il connaît ses premiers succès et donne des concerts, notamment chez le facteur d’instrument Pleyel qui accueille cette année une série de concerts dans le cadre de l’Année Chopin. Il ne donne que 19 concerts en 18 ans. Autant de « martyres » avoue-t-il. Le prodige a le trac. George Sand, moqueuse, lui propose de « jouer sans chandelles et sans auditeurs sur un piano muet ». En 2010, on fait fi de ses atermoiements puisque des séries de concerts, jouant l’intégralité de ses oeuvres, sont programmées au fil des mois, pour le plus grand plaisir des mélomanes.

Deux cœurs vibrants dans le Berry

L’écrivain, ce « joli garçon » collectionneuse d’amants, fumant le cigare et portant pantalon est le grand amour de sa vie. Huit ans de liaison tumultueuse et passionnée unissent le pâle musicien à la santé fragile et au talent éblouissant à la « pasionaria » provocatrice de six ans son aînée. Pour Frédéric, George Sand se déshabille de son nom de plume et redevient Aurore Dupin, tendre et maternelle.

Dans le domaine de George, au cœur du Berry, Chopin compose sans relâche, touché par la grâce. Le manoir de Nohant lui apporte la santé et l’inspiration. « Le lieu est très agréable et les hôtes on ne peut plus aimables pour me plaire, se régale le peintre Delacroix, un intime du musicien. Par instant, il vous arrive par la fenêtre ouverte sur le jardin, des bouffées de musique de Chopin qui se mêlent au chant des rossignols et au parfum des roses ! ». Nohant, ce lieu enchanteur, se visite aujourd’hui et l’on y retrouve intacte l’atmosphère de ses habitants d’alors. En juin, dans le cadre des Fêtes romantiques de Nohant, les visiteurs seront comblés de musique traditionnelle, de théâtre, de musique romantique dans la bergerie nouvellement aménagée à l’occasion. C’est dans ce cadre en particulier que l’on peut retrouver lors de cette année Chopin, un Frédéric familier et bouleversant.

Decrescendo

Frédéric Chopin regretta jusqu’à sa mort, prématuré à 39 ans, l’esprit familial de Nohant dont il est exclu après sa rupture avec George Sand. Le couple s’était aventuré dans une expédition désastreuse sur l’île de Majorque en Espagne. Malades, rapidement sans le sou, ils furent même recueillis par le Consul général de France. L’écrivain pourtant passe ses nuits à écrire et Chopin à composer. Il écrit aussi beaucoup à ses proches. Ces correspondances tant en français qu’en polonais feront cette année l’objet d’une anthologie et de nouvelles traductions. L’épisode Baléares fit verser la passion dans l’indifférence et le vague ennui. La solitude qui les avait un temps rapproché, distance désormais les amants. Des querelles domestiques finissent de sceller leur destin. Cependant, c’est George Sand qui définit le mieux la musique de son « petit Chopin » : « Et puis la note bleue résonne et nous voilà dans l’azur de la nuit transparente. Des nuages légers prennent toute la forme de la fantaisie ».

L’entre deux sentimental

La musique de Chopin ou l’art de la nuance, de l’effacement des frontières en harmonie avec la vie du compositeur, le cœur en Pologne, l’âme en France. « Les phrases au long col sinueux et démesuré de Chopin, si libres qui commencent par chercher et essayer leur place en dehors et bien loin de la direction de leur départ, s’émeut l’écrivain Marcel Proust, bien loin où on avait pu espérer qu’atteindrait leur attouchement et qui ne se jouent dans cet écart de fantaisie que pour revenir plus délibérément – d’un retour plus prémédité, avec plus de précision, comme sur un cristal qui résonnerait jusqu’à vous faire crier - vous frapper au cœur ». Cet état chronique de Chopin, écartelé entre la patrie qu’on regrette et la patrie qui abrite, est recréé par la grande exposition qui lui est dédiée à la Cité de la musique cette année. C’est cette émotion, espace secret où les sons et les couleurs se réverbèrent et dont Chopin fut le génial architecte, que l’année Chopin en France veut faire partager au plus grand nombre.

Pascale Bernard


Sites Internet :

- L’ensemble des manifestations du bicentenaire Chopin
http://www.culture.gouv.fr/mcc/Actualites/A-la-une/Annee-Chopin-2010-en-France
- « La Note bleue », exposition au Musée de la Vie romantique
http://www.paris.fr/portail/Culture/Portal.lut?page_id=5851
- « Chopin, l’atelier du compositeur », exposition à la Cité de la Musique.
http://www.cite-musique.fr/francais/musee/expo_temporaires
- A Nohant
http://www.pays-george-sand.com/Bicentenaire-de-la-naissance-de

Dernière modification : 25/05/2010

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