Café des Sciences, 30 janvier 2012 , Laetitia Dablanc

Café des Sciences du 30 janvier 2012
Intervenante : Laetitia Dablanc, PhD

Titre : Ces camions dans nos villes. Atlanta, Los Angeles, Paris.

Thématique : Transport de marchandises, politiques urbaines.

Le premier Café des Sciences de l’année 2012 s’est tenu le 30 janvier dernier à l’University of Southern California (USC). Il a été animé par le Dr. Laetitia Dablanc.

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Laetitia Dablanc est chercheuse à l’IFSTTAR, l’Institut Français des Sciences et Technologies des Transports, de l’Aménagement et des Réseaux, où elle travaille sur le transport des marchandises, la logistique urbaine et les politiques de transport et d’environnement. Diplômée de Sciences Po Paris, elle est docteure de l’école des Ponts-ParisTech et a étudié l’urbanisme à Cornell University. En 2010-2011, elle a été chercheuse invitée aux Etats-Unis, à Georgia Tech (Atlanta) et elle est actuellement pour l’année 2011-2012 à USC au METRANS Transportation Center. Elle travaille sur les phénomènes d’étalement urbain des activités logistiques et sur les politiques des grandes villes américaines qui leur sont associées.

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Elle a tout d’abord présenté les chiffres du transport de marchandise dans l’agglomération parisienne. Un million de livraisons par jour à Paris, ce qui représente entre 10 et 15% de la circulation globale en ville. Si les camions ne représentent qu’un dixième de la circulation, ils sont en revanche responsables d’un quart des émissions de dioxyde de carbone (CO2), d’un tiers des NOx (monoxyde et dioxyde d’azote) et d’un peu plus de la moitié des particules en suspension (% des émissions urbaines totales liées aux transports en île de France). Un transport polluant donc mais aussi consommateur d’espace et d’énergie.

Le transport urbain de marchandises a beaucoup augmenté ces dernières années (e-commerce, livraison à domicile, course urgente, etc.) mais reste performant et efficace en général. Le nombre d’entrepôts et de centres de distributions a explosé dans les grandes villes. Atlanta, par exemple, est passé de 150 centres de distributions en 1998 à 450 aujourd’hui. Laetitia a abordé la « logistic sprawl », c’est-à-dire l’installation des nouveaux entrepôts loin dans les zones suburbaines des très grandes métropoles. Une tendance qui augmente mécaniquement la distance parcourue par les camions.

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Laetita Dablanc a ensuite présenté plusieurs concepts innovants en matière de transports urbains propres. Parmi les exemples, on peut citer, les tricycles et les chariots à assistance électrique, les véhicules utilitaires électriques ou encore le Tram-fret, le transport des marchandises par les tramways. Autre façon d’éviter la multiplication des transports de marchandises, les relais-livraison, qui sont des points de dépôt et de collecte à partir desquels les clients de la vente à distance vont récupérer les colis commandés. On trouve d’un côté, les points-relais, hébergés par des commerces de proximité et de l’autre les consignes automatiques ou « packstations », qui sont des boîtes à colis automatisées accessibles vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

Les villes s’intéressent peu aux camions et le plus souvent ne font que les interdire. À Londres, les poids lourds de plus de 18 tonnes ne peuvent pas circuler la nuit et les week-ends et à l’inverse, Paris interdit leur circulation pendant la journée. Mais voilà, ces interdictions n’ont pas un effet positif sur l’environnement. Elles engendrent, entre autres, l’utilisation d’un plus grand nombre de petites camionnettes donc au final plus de pollution. Autre action, entrepris par la ville de Tokyo (Japon), l’installation d’un centre de distribution au sud de la ville où toutes les livraisons sont centralisées. De là une seule société, livrent par camions électriques et un nombre limité de fois par jour tous les commerçants. Ce système est cher mais apprécié des habitants et des commerçants.
Cependant pour Laetitia Dablanc, toutes ses solutions ont un impact environnemental insuffisant. En revanche le concept de zone environnementale est prometteur. A Londres les camions ne peuvent plus entrer dans l’agglomération s’ils ont plus de sept ans. Le système est contrôlé par des radars automatiques. Un système qui coûte cher mais qui est efficace puisqu’il force les transporteurs à acheter des camions récents et donc aux nouvelles normes environnementales. Depuis 2008, les ports de LongBeach et de Los Angeles ont mis en place le « Clean Truck Program », qui interdit l’accès aux terminaux portuaires aux camions achetés avant 2007. Et si à Londres l’interdiction peut être contournée en s’acquittant d’une taxe très élevée, dans ce cas il n’y a pas d’échappatoire. En contre partie des aides financières ont été accordées aux transporteurs pour changer leurs camions. Ce programme a eu un impact très rapide sur les émissions de particules polluantes.

Les discussions qui ont suivi cette présentation ont été l’occasion de discuter de ce programme « Clean Truck ». Certains transporteurs effectueraient un transfert de leurs marchandises sur des « nouveaux » camions juste avant l’entrée de la zone portuaire. Cette pratique interdite, limite l’impact de ce programme. Il a aussi était noté que pour que ces politiques soient efficaces les législations doivent évoluer en fonction de l’évolution des technologies dans les domaines des transports.

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Dernière modification : 08/02/2012

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