États-Unis et France saluent le départ de L’Hermione

Tribune conjointe de M. Gérard Araud, Ambassadeur de France aux Etats-Unis et de Mme Jane D. Hartley, Ambassadrice des Etats-Unis en France à l’occasion du départ de l’Hermione pour les Etats-Unis

JPEGSuccédant à un long hiver, le printemps a enfin fait son retour à Washington, et avec lui les dizaines de milliers de touristes et d’écoliers attirés par les monuments et les cerisiers en fleur de la ville conçue par l’architecte français Pierre-Charles L’Enfant. Ces visiteurs pourront notamment flâner dans le parc Lafayette, un espace verdoyant situé face à la Maison Blanche et baptisé lui aussi du nom d’un Français célèbre aux Etats-Unis, le Marquis de La Fayette. Cet homme illustre reçut la reconnaissance du peuple américain dès son arrivée sur les côtes de Caroline du Sud en 1777, jeune aristocrate alors âgé de dix-neuf ans venu offrir l’aide de la France dans la Guerre d’Indépendance. Au cours des dix-huit mois qui suivirent, il commanda des troupes et se battit vaillament pour la cause de la nouvelle Nation, gagnant l’amitié de George Washington et de Thomas Jefferson.

Après son retour en France en 1779, La Fayette plaida pour un accroissement de l’aide de la France à la jeune Nation américaine et obtint la promesse de l’envoi de six mille soldats supplémentaires, dont le commandement fut confié au général Rochambeau. Il appareilla l’année suivante de Rochefort à bord de la frégate L’Hermione, rallia la baie de Newport en juin 1780, et fournit aux troupes américaines une aide cruciale lors de la bataille de Yorktown. On dit que George Washington versa des larmes de joie en apprenant le retour d’un ami qu’il considérait comme son fils et en découvrant le message dont il était porteur, à savoir la promesse de la France de fournir des soldats, des munitions et des uniformes afin de soutenir l’Amérique dans sa lutte pour l’indépendance.

Aujourd’hui, 235 ans après ces évènements, la relation franco-américaine est aussi forte et essentielle qu’elle l’était du temps de La Fayette, en témoigne cette magnifique réplique de l’Hermione sur le point de quitter la France pour une traversée symbolique vers les Etats-Unis. C’est l’alliance de deux amis qui se sont toujours tenus côte à côte pour défendre les valeurs de liberté, d’égalité et de justice, même si, comme cela arrive entre amis, ils ont pu différer parfois sur les moyens d’y parvenir. C’est pourquoi les Américains ont été fiers de rembourser leur dette à La Fayette et au peuple français au cours des deux guerres mondiales en sacrifiant la vie de dizaine de milliers d’hommes pour libérer la France.

La France n’est pas seulement le plus vieil allié des Etats-Unis, c’est un partenaire indispensable pour œuvrer à la paix et à la sécurité dans le monde, promouvoir la prospérité économique mondiale, faire face aux défis de la planète, du changement climatique à la lutte contre le terrorisme. Et c’est ensemble que nous travaillons sur des sujets tels que la situation en Ukraine, le programme nucléaire iranien, la lutte contre Ebola et le combat contre les groupes terroristes au Moyen-Orient et en Afrique.

Peu après les attentats ignobles qui eurent lieu à Paris au mois de janvier, la Maison Blanche a organisé un sommet sur la lutte contre l’extrémisme violent au cours duquel la France a souligné la nécessité d’instaurer de nouvelles mesures pour mettre un frein au recrutement de nouveaux cadres au sein des groupes terroristes. Et pour faire face à un autre problème tout aussi urgent, Paris organisera au mois de décembre prochain son propre sommet, le COP 21, une vaste conférence qui réunira les leaders du monde entier en vue de négocier de futures réductions de gaz à effet de serre au plan international. Les Etats-Unis et la France s’engagent à travailler à l’élaboration d’un nouvel accord ambitieux sur le climat, conscients de la menace que les émissions de carbone font peser sur la sécurité nationale et la stabilité mondiale.

JPEGPar ailleurs, les relations commerciales et culturelles entre nos deux pays continue à prospérer. Les Etats-Unis sont le premier investisseur en France, créant environ 440.000 emplois, tandis que la France est le cinquième plus gros investisseur aux Etats-Unis, avec 500.000 emplois créés. Le montant total des échanges commerciaux en biens et services s’est élevé à 115 milliards de dollars en 2014, preuve que nos deux pays sont les principaux acheteurs et fournisseurs de nos marchés respectifs. Une délégation de quarante entreprises françaises de premier plan a assisté récemment à la conférence Select USA à Washington afin d’explorer les moyens de développer leurs activités et de créer des partenariats avec des entreprises américaines. Au salon Consumer Electronics Show (CES) de Las Vegas en janvier dernier, consacré à l’électronique grand public, les entreprises françaises présentes ont permis à la France d’être le pays le mieux représenté de toute l’Europe. Notre commerce bilatéral pourrait s’intensifier encore de manière significative si les Etats-Unis et l’Union Européenne parviennent à conclure l’accord de libre-échange actuellement en discussion à Bruxelles et Washington.

A cela, il faut ajouter les nombreux échanges éducatifs et culturels qui continuent à contribuer à l’enrichissement de nos deux pays. En effet, un nombre très important d’étudiants traverse l’Atlantique chaque année, dans les deux sens, afin d’étudier et de mettre en commun leurs travaux, et Washington et Paris viennent d’annoncer récemment un nouveau plan destiné à doubler le nombre d’échanges scolaires et universitaires entre la France et les Etats-Unis d’ici 2025. Dans le même temps, des écrivains, des musiciens, des danseurs, des artistes et des créateurs numériques font profiter de leurs talents les publics français et américain. Ce mois-ci à Paris, le Kennedy Center attribuera des prix dans plusieurs domaines artistiques à quatre personnalités françaises de premier plan issues du monde de la culture, comme le compositeur et musicien de renommée mondiale Pierre Boulez, tandis que le New York Philharmonic se produira à la nouvelle Philharmonie de Paris. A Washington et à New York, le quatuor de renommée mondiale Cambini-Paris se produira au printemps, tandis qu’en septembre dernier, les Services Culturels de l’Ambassade de France ont ouvert à Manhattan une nouvelle librairie et espace culturel, Albertine, où se tiennent régulièrement des débats et des colloques animés.

Alors que la réplique de l’Hermione, pourvue de ses trente canons et de ses trois immenses mâts, s’apprête à appareiller demain, elle nous rappelle avec force l’amitié de longue date et absolument essentielle qui unit la France et les Etats-Unis d’Amérique. De la même manière que des milliers de Françaises et de Français sont venus célébrer le départ imminent de l’Hermione, nous espérons que des milliers d’Américaines et d’Américains viendront l’accueillir à son arrivée dans les ports de la Virginie jusqu’à ceux du Maine, avec la même ferveur et le même état d’esprit que les Pères fondateurs lorsqu’ils accueillirent La Fayette et ses soldats il y a de cela plus de deux siècles.

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Tribune publiée dans l’édition du 18-19 avril 2015 du journal Ouest-France

Dernière modification : 20/04/2015

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